Miki mon coiffeur

Publié le par Jean-Phi

Au Japon, les "sarary-men" (ou les Salary-men) semblent toujours presses : ils mangent vite, ils boivent vite (et bruillamment), ils s'écrasent tous les jours dans le même métro... Il n'y a qu'au travail qu'ils prennent un peu leur temps.

Le coiffeur ne déroge donc pas à cette règle. Ici, il y a un concept qui fait fureur, c'est le coiffeur 10mn/1,000 yens. Payer 7 euros pour se faire couper les cheveux, c'est intrigant et on se demande comment le salon de coiffure peut être rentable.
Comme il y en a un dans notre rue, et après les premiers essais désastreux de Cordula dans un vrai salon de coiffure (les femmes ont le temps, donc il y a aussi de "vrais salons de coiffure"), je me suis dit que je n'avais rien à perdre à essayer (au pire, 1 mois avec une coiffure ratée ce qui ne changerait pas grand chose à mes boucles...).

Et bien, c'était très intéressant. Bon. Ça ne date pas d'hier. Je pense que j'y suis allé régulièrement depuis le printemps 2005.


Donc, comment ça marche ? Le salon est tout petit, il n'y pas de lavage de cheveux possible (même pas d'arrivée d'eau), et le coiffeur fait le travail en 10 mn et vous jette dehors (c'est une image). Il faut avouer que les hommes japonais ont tous les mêmes cheveux et ne recherchent pas la créativité (bon il y a des exceptions évidemment...). Donc, un coup de tondeuse puis une finition aux ciseaux et c'est fini.

Quand ils m'ont vu entrer dans le salon de coiffure, les 3 employées ont eu un choc ! Il faut dire que j'avais attendu vraiment le dernier moment et que tous les Jacksons 5 que je croisais dans la rue, me saluaient déjà (bon, il n'y en a pas beaucoup ici). Imperturbable, je me suis assis dans la chaise de barbier (genre "mon nom est personne") et mon coiffeur s'est mis au travail. J'avais préparé quelques phrases en japonais (genre "court sur les côtés et derrière" ou "attention ma calvicie naissante"), persuadé que dans ce genre de magasin, le niveau de langue ne serait pas meilleur qu'en France.


Quelle surprise quand Miki, le Japonais qui tenait les ciseaux, me parla en anglais et même quelques mots de français ! De plus, il s'en sortit très bien ! Evidemment, il lui a fallu 30 mn plutôt que les 10 habituelles, mais quand je suis sorti, il me regardait comme son chef d'œuvre. Il devait se sentir comme un élagueur ayant transformé Brocéliande en jardin français !

Je ne pourrais pas dire que je suis mauvaise langue mais que j'ai eu beaucoup de chance. Quand par la suite, j'ai voulu me faire couper les cheveux un jour où Miki n'était pas là, ses collègues m'ont fui (ceux qui pouvaient l'ont fait physiquement, les autres, du regard) sans pouvoir articuler 2 mots ou même prendre le temps d'écouter mes 3 mots japonais.

Evidemment, ce qui devait arriver arriva, un jour, après que même Cordula se soit fait couper les cheveux par mon Maestro, Miki a disparu. 1 semaine (vacances ? non, on est au Japon), 2 semaines... au bout d'un mois, nous nous sommes renseignés. Il avait change de salon de coiffure ! Ah le bougre. Comment peut-il me/nous faire ça ??
Nous avons récupéré l'adresse et je me suis décidé, lundi, à aller voir son nouveau salon.

(ah, voila, on arrive enfin au thème de ce post !)

Grace à un plan bien détaillé, j'ai trouvé ce salon maudit. Perdu sur une grande avenue sans aucun autre magasin autour si ce n'est un combini (convinience store), ça sentait un peu la mort. Quand Miki m'a vu entrer dans son magasin, c'était Judas qui retrouvait Jésus après l'avoir trahi. J'ai jamais vu un coiffeur aussi content de me voir (et pourtant, pour une fois, il n'y a rien d'ambigu chez ce coiffeur). Il faut dire que - le pauvre - sa boîte l'a déplacé dans ce salon pour, justement, créer une énergie pour amener des clients. Mais dans un tel endroit, même si les employées travaillaient en tenue aguichante ou en tenue de petite écolière (c'est très apprecié, ici), ça ne marcherait pas.

Il a pu donc prendre tout son temps pour me couper les cheveux. J'étais le seul client ! D'ailleurs, il en a vraiment mis du temps. A la fin, il s'est excusé, me disant qu'il travaille tellement peu, ces temps ci, qu'il perd la main !

Je suis sorti de là en ayant l'impression d'avoir fait ma BA pour l'année !
(je considère l'année scolaire, évidemment, parce que sinon...)

Bon, je m'en vais de ce pas retrouver Bernadette C. qui est à Tokyo pour le week-end!

Publié dans Maison

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Rémy 03/11/2006 10:41

Moi aussi j'ai bien ri en lisant ce post!J'aurai aimé voir 2 photos du genre avant/asprès la première visite que tu racontes.

escoub 02/11/2006 22:36

Ah vraiment tu t\\\'y crois ! Tes employeurs sont ils découragés de tes services et pour te laisser écrire à volonté ?
En tous cas j\\\'ai bien ri car je connais ta tignasse qui fait cauchemarder les coiffeurs.